L’Esprit que vous avez reçu
A maintes reprises dans ses lettres, l’apôtre Paul fait état de la venue de l’Esprit Saint dans la vie des croyants. Il ne manque pas d’insister sur les conditions dans lesquelles cette expérience naît et évolue. Ainsi, à ceux qui pensaient trouver des mérites dans les œuvres de la loi de Moïse, il rappelle que cette réalité nouvelle est liée à l’écoute de la Bonne Nouvelle (Ga 3.2). Seule l’obéissance au message de la foi prépare notre cœur à l’accueil de l’Esprit Saint et nous dispose à vivre sous son empire (Rm 8.4-9).
Cependant, en comparaison avec la loi de mosaïque, la loi de l’Esprit de vie n’a rien d’accablant. Au contraire, en venant faire sa demeure en nous, l’Esprit Saint loin de nous asservir, nous affranchit de toute oppression ; il fait de nous des fils adoptifs, des héritiers de Dieu (8.15, 17). Ainsi, d’une certaine manière, nous qui avons reçu l’Esprit, nous sommes à notre tour « reçus par Dieu ». Dans sa tendresse, il nous rend participants aux mêmes privilèges que son Fils bien-aimé, Jésus-Christ.
Du coup, le service que nous rendons à Dieu diffère nettement de celui qui est propre à l’esclave : une corvée. Animés par l’Esprit de son Fils, nous discernons la volonté du Père, nous agréons ses desseins et nous prenons plaisir à ses œuvres. Avec amour, nous lui offrons notre corps comme sanctuaire de l’Esprit (1Co 6.19). Dans sa lettre, Jacques, frère de Jésus, met en relief l’aspect sacré de cette relation profonde en déclarant que Dieu veille jalousement sur l’Esprit qu’il a fait habiter en nous (Jc 4.5).
Cette dernière affirmation est encourageante, car elle stimule notre piété filiale, c’est-à-dire, notre respect de la présence constante en nous et du Père et de son Esprit de gloire. Dans le même temps, elle nous fournit, me semble-t-il, l’opportunité de faire le point sur notre façon d’accueillir ses grâces. Comment apprécions-nous les « dons » qu’il nous accorde ? Qu’en est-il des « fruits » qu’il produit en nous ? Pour tout dire, comment bien gérer ces « gratifications spirituelles » ?
En vue d’une bonne intendance, Paul faisait une recommandation majeure à son disciple Timothée : être vigilant, fidèle et avisé. A travers ses propos, je crois comprendre que je ne dois négliger aucun don (1Tm 4.14) ; au besoin, il me faudra le réanimer (2 Tm 1.6). Autrement dit, ce qui m’est confié doit être entretenu avec soin et non laissé en friche. L’Apocalypse donne ce conseil à l’une des sept églises : Souviens-toi de ce que tu as reçu et entendu, garde et repens-toi (Ap 3.3).
D’autre part, il m’est nécessaire de veiller à ne pas perdre le fruit de l’Esprit en moi (amour, joie, paix…) et à travers moi (conversion, réconciliation, restauration…). Or je dois avouer qu’il est regrettable de ne pas toujours avoir conscience de ce que l’Esprit accomplit. Par ignorance ou par oubli, au lieu de récolter ces beaux fruits avec actions de grâce, ils sont parfois délaissés et se gâtent malencontreusement.
Enfin, il y aurait un écueil à éviter : c’est la malheureuse distinction entre les dons et les fruits de l’Esprit. En effet, une tendance toute naturelle peut nous porter à viser de préférence tel ou tel don, considéré comme « spectaculaire » au détriment d’un fruit » de l’Esprit, qui serait plus « subtil ». Or l’un comme l’autre nous est donné, non pour notre satisfaction personnelle, mais pour réconforter les autres et glorifier Dieu notre Père qui en est la source (Mt 5.18 ; Jn 15.8).
Précisément, l’esprit que nous avons reçu de Dieu est « l’Esprit de son Fils ». Il inaugure en nous une nouvelle façon de vivre : celle de Jésus. Cela implique à la fois une nouvelle façon d’être et une nouvelle façon de faire, contraires à celles qu’inspire « l’esprit du monde ». Autant dire que notre vocation de « fils de Dieu » ne se réalise pleinement qu’en obéissant fidèlement aux seules directives de l’Esprit (Rm 8.14). Nos propres ressources et nos penchants naturels nous égarent et nous mènent au désastre. Autrefois, le Seigneur avait déclaré à son peuple enclin à l’inconstance : C’est de moi que vient ton fruit (Os 14.9). De même, nous ne pouvons progresser vers la plénitude et parvenir à la maturité spirituelle que dans la docilité et la fidélité à l’Esprit.
