Mets ton espérance dans le Seigneur
Alors qu’il existe dans notre environnement bien des raisons de nous inquiéter, l’Ecriture Sainte ne cesse de nous encourager à espérer. En quoi consiste cette espérance ?
D’abord l’espérance biblique se distingue du vague espoir qui ne se réalise pas toujours. Elle est, quant à elle, une certitude, fondée sur ce que promet le « Dieu de vérité ». Face à un monde fragile et instable, marqué en outre par l’injustice et la violence, les maladies et la faim, nous avons la promesse d’un Royaume inébranlable procurant la justice et la paix. Ainsi Jésus rassurait ses disciples en leur disant : N’aie pas peur, petit troupeau, il a plu à votre Père de vous donner le Royaume (Lc 12.32). Avant ses souffrances et sa mort sur la croix, il confirme ses propos, en déclarant, comme par un « testament » : Je dispose du Royaume en votre faveur, comme le Père en a disposé en ma faveur (Lc 22.29).
Par conséquent, cette espérance est scellée en quelque sorte. Réalité déjà présente, mais cachée en Jésus-Christ ressuscité, elle se signale quotidiennement par des prémices : grâces diverses prodiguées par Dieu dans sa fidélité. Cependant, l’objet de la promesse ne sera pleinement révélé que lorsque toutes choses seront renouvelées. A sa manière, Jean fait allusion à cette belle perspective par ce témoignage : nous sommes dès à présent enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Mais nous savons que lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est (1Jn 3.2).
Du coup, espérer dans le Seigneur, ce n’est pas seulement être dans l’expectative d’un exaucement quelconque. C’est avant tout compter sur le Seigneur lui-même qui vient vers nous, pour remplir l’univers de sa plénitude. Cela suppose une attente, sans doute plus ou moins longue, mais notre espérance est soutenue par notre amour pour celui qui vient. Notre aspiration à une patrie meilleure, c’est-à-dire céleste nous permet aussi d’endurer (Hé 11.16). Avec le psalmiste nous disons : Je m’épuise à espérer ton salut ; j’attends ta parole (119.81).
Toutefois, ce « délai » n’est pas du temps perdu et n’implique pas non plus un comportement passif. Au contraire, c’est une opportunité d’entretenir activement notre relation avec le Seigneur ressuscité qui nous accompagne jusqu’à notre entrée en possession de l’héritage promis. Une telle démarche requiert donc toute notre vigilance. La sentinelle qui attend l’aurore est toujours en alerte. Or pour le croyant, même s’il s’agit d’une « espérance joyeuse », la période d’attente est une période austère, de tensions plus ou moins intenses. Elle comporte aussi des passages à vide angoissants : moments de silence et de ténèbres. Le prophète dirait alors : J’attends le Seigneur qui cache sa face à la maison de Jacob, j’espère en lui (Es 8.17).
De fait, c’est un combat spirituel, une situation au cours de laquelle divers « agents » cherchent à nous déstabiliser. Ce sont parfois des événements contraires, inattendus ; parfois c’est le tentateur qui nous murmure son refrain favori : Dieu a-t-il réellement dit ? Mais il peut arriver aussi que des “amis bien intentionnés » nous poussent à réaliser par nous-mêmes ce que Dieu a promis. Or sans lui nous ne pouvons rien faire de valable. Précisément, si nous nous donnons de la peine et luttons, c’est parce que nous avons mis notre espérance dans un Dieu vivant qui est le sauveur de tous les humains, principalement des croyants (1 Tm 4.10).
Évidemment, l’espérance est étroitement liée à la foi. Elles ont une même origine : l’Evangile, et elles se renvoient l’une à l’autre. En effet, la foi s’empare de la réalité espérée, et l’espérance rend la foi persévérante (Hé 11.1 ; Rm 4.20 ; 8.25). Le parcours d’Abraham, illustre cette parfaite concordance. Ayant cru et espéré contre toute espérance (Rm 4.18), Abraham a pu expérimenter une longue phase d’attente. Au pays de Canaan, quoique devenu riche et considéré, le patriarche choisit d’y résider comme dans un pays étranger : il vivait sous des tentes, car il attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur (Hé 11.9, 10). Ses fils, Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, vont prospérer également ; mais ils adoptent à leur tour le même style de vie. Leurs habitations restent précaires, ils se déplacent de lieu en lieu avec familles et troupeaux.
Cette conduite conséquente, inspirée par la foi, l’espérance et l’amour, Jésus et ses apôtres nous la rappellent. Ceux qui se confient dans le Seigneur et qui s’attendent à lui, se considèrent comme étrangers et voyageurs ici-bas (Hé 11.13 ; 1P 2.11). Aussi, témoignent-ils une « sage attitude » à l’égard de ce qui est « provisoire » ; ils se détachent de ce qu’ils estiment déjà « périmé » pour s’attacher aux « réalités nouvelles » en Christ, à celles qui adviennent avec le Royaume et « qui demeurent ». Nous aussi, par la foi accrochons-nous à l’espérance qui nous est proposée (Hé 6.18), soyons enracinés dans l’amour sans nous laisser dérouter ni décontenancer par les événements. Avec persévérance, progressons constamment vers la claire vision de la nouvelle création et de la Jérusalem céleste (Ap 21.2, 5). De prime abord, cet accomplissement peut sembler lointain, mais « le Seigneur est proche », tenons ferme !
Maurice JEAN-CHARLES
