Achevez donc toutes vos belles œuvres !
2 Co 8 :11
Ce qui est inachevé n’est pas beau ! Telle est la sentence d’une vieille sagesse humaine. Elle ne vise pas seulement une regrettable imperfection sur le plan artistique. Moralement, elle exprimerait le dépit et la frustration, par suite d’un épanouissement avorté, d’une plénitude non réalisée. Mais le verdict spirituel ne semble pas moins incisif. L’auteur des Proverbes déclare sans détour : Celui qui se relâche dans son travail est frère de celui qui détruit (Pr 18.9). Effectivement, l’image d’une construction abandonnée ne diffère pas tellement de celle d’une demeure endommagée ; l’une et l’autre suscitent la même impression de désolation.
Dans ce domaine, Jésus aussi nous incite à une réflexion éclairée et à une action persistante. Il laisse imaginer le déshonneur d’un homme qui, après avoir posé les fondations d’une tour, n’a pas pu en achever la construction, car son dessein n’a pas été conçu avec sagesse et humilité (Lc 14.28, 29). De même, il avertit l’ange d’une des sept Eglises de l’Apocalypse en ces termes : Sois vigilant et affermis le reste qui est sur le point de mourir, car je n’ai pas trouvé tes œuvres pleinement accomplies devant mon Père (Ap 3.2).
Mais ne nous méprenons pas, ces cas mentionnés ne sont pas des exceptions. Tout bâtisseur humain risque d’échouer dans la réalisation de ses projets. Qu’il s’agisse de construction matérielle ou spirituelle, il n’atteint pas toujours le but. Le Seigneur veut que nous en soyons conscients ; le relâchement, souvent favorisé par la négligence, la lassitude et les oppositions successives, nous menace tous. Or nous sommes appelés à nous passionner pour de belles œuvres (Ti 2.1 ; 3.1, 8, 14), avec la consigne de faire le bien sans relâche (Ga 6.9). C’est donc pour nous encourager à achever toute œuvre bonne que notre Seigneur nous adresse certaines réprimandes.
Avant tout, c’est par ses paroles et par sa vie exemplaire que Jésus nous instruit et nous affermit. Il est convenable de nous rappeler certains éléments qui ont orienté toutes ses actions, lui qui, là où il passait, faisait du bien (Ac 10.38). Nous mentionnerons en premier lieu son amour ardent pour le Père ; il apparaît comme le mobile essentiel qui a maintenu le Fils dans l’obéissance jusque sur la croix où il dira : Tout est achevé (Jn 19.30). Précédemment, en priant son Père, il affirmait : Moi, je t’ai glorifié sur la terre, disait-il ; j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. Et maintenant, toi, Père, glorifie-moi… » (Jn 17.4).
Dans ce témoignage, nous remarquons avec intérêt le rapport entre « achèvement » et « glorification ». En quelque sorte, la manifestation de la gloire requiert la finition de nos travaux. Rappelons-nous ce moment déterminant de la construction du Tabernacle dans le désert ou du Temple à Jérusalem. Dans les deux situations, la Demeure de Dieu a été remplie de la gloire de Dieu seulement après son achèvement (Ex 40.33-35 ; 1R 8.10-13 ; Ez 43.2, 4). Je me demande alors si je prends vraiment toute la mesure de la recommandation : faire tout pour la gloire de Dieu (1Co 10.31), lorsque je jette l’éponge…
L’achèvement de l’œuvre se révèle encore indispensable quand Jésus déclare que cette œuvre lui a été donnée à faire. Car il laisse percevoir que cette œuvre, reçue du Père, une fois accomplie, devra être présentée au Père, comme une « offrande ». Car, pour être agréé, ce qui est offert à Dieu doit être parfait, c’est-à-dire achevé. En réalité, cette offrande parfaite correspond à toute la vie du Fils, sanctifiée et livrée entièrement au Père. Comment cela peut-il s’appliquer à ma vie rachetée par le sang de Jésus, consacrée par l’Esprit-Saint ?
Enfin, Jésus nous révèle un élément essentiel qui garantit ce plein accomplissement de l’œuvre ; c’est la communion qui existe entre le Père et lui. Il affirme : Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent, et moi aussi je suis à l’œuvre… ce que fait le Père, en effet, le Fils le fait pareillement (Jn 5.17, 19). D’autre part il précise : les paroles que, moi, je vous dis, je ne les dis pas de ma propre initiative ; c’est le Père qui, demeurant en moi, fait ses œuvres (Jn 14.10). Le Fils exprime ainsi la certitude de l’achèvement de l’ouvrage, puisque la conception et la réalisation de celui-ci dépendent du Père.
A nous qui sommes placés devant des « œuvres préparées d’avance afin de les accomplir » (Ep 2.10), ces instructions apportent un précieux encouragement. Car le Fils nous apprend à surmonter ce qui fait obstacle à l’achèvement de nos œuvres. Face à la lassitude, à l’adversité, à la tentation de tout abandonner, il nous indique un « lieu » de repos et de ressourcement, de paix et de joie, un chemin d’espérance vers la gloire : Venez à moi, vous tous qui peinez sous la charge ; moi, je vous donnerai le repos (Mt 11.28). N’oublions pas qu’Esaïe disait déjà : Seigneur, tu nous donnes la paix, toutes nos œuvres, c’est toi qui les accomplis pour nous (Es 26.12).
Maurice JEAN-CHARLES
