Abondez en actions de grâces

Col 2.6-7

Avez-vous perçu la ferveur communiquée par cet encouragement ? Reconnaissez bien l’intention sous-jacente : l’Apôtre ne prodigue pas un simple conseil à prendre ou à laisser. Il veut enthousiasmer en vous faisant expérimenter la plénitude du Christ ! Car il ne s’adresse pas seulement aux chrétiens de l’Église de Colosses, mais à tous ceux qui ont reçu le salut par la foi en Jésus-Christ. En effet, ici comme ailleurs, Paul enjoint à entretenir soigneusement cette précieuse relation. Il désire que tous et chacun progressent vers la maturité spirituelle en Christ. En vue de cela, il préconise une série d’opérations, toutes fondées sur le Christ qui pourvoit pleinement à tout : notre « cheminement », comme notre « enracinement », notre «transformation » aussi bien que notre « affermissement » (vv. 6, 7).

Or, pour couronner le tout, Paul indique la « reconnaissance » qui lui paraît incontournable, puisqu’il nous recommande d’abonder en actions de grâces (ou d’être débordants de reconnaissance). Mais en quoi consiste cette injonction ? Le recueil des psaumes regorge d’instructions au sujet de « l’action de grâce » ou de la « reconnaissance ». Celles-ci sont les éléments essentiels du « service véritable » qui honore le Seigneur, source de toute bénédiction. Dieu lui-même déclare : En sacrifice à Dieu, offre la reconnaissance…Celui qui, en sacrifice, offre la reconnaissance me glorifie (Ps 50.14, 23).

Précisément, au psaume 116, l’auteur a été amené à se demander : Comment rendrai-je au Seigneur tous ses bienfaits envers moi (v.12) ? Car, « délivré de la mort », selon son propre témoignage (v.8), il désirait manifester sa reconnaissance au Seigneur. Mais quel « présent » pourrait plaire à celui qui possède déjà toute plénitude et qui déborde de générosité ? Sans doute inspiré, le psalmiste proclame : Tu as détaché mes liens. Je t’offrirai un sacrifice de reconnaissance, j’invoquerai le nom du Seigneur (v.16).

La démarche qui aboutit à cette résolution mérite notre attention. Nous observons que tout commence par le discernement des bienfaits de Dieu. Cet homme pieux prend conscience du bonheur qui est le sien, mais ne l’attribue pas au hasard ! Il discerne plutôt la grâce divine et loue son libérateur, en attestant que celui-ci est vaillant et juste, qu’il fait miséricorde, qu’il épargne les naïfs et secourt les faibles (Ps 116.5, 6). En effet, plus que l’abondance des dons reçus, c’est la communion avec un tel Sauveur qui suscite la joie, le contentement, voire le rassasiement.

Vous êtes certainement intéressés par cette présentation du « sacrifice de louange ou d’action de grâces », mettant en scène un ensemble de manifestations joyeuses. Voilà, en effet, « un sacrifice agréable » où tout concourt à faire l’éloge du Seigneur (cf. Ps 147.1, 7, 12). Voyez comment le psalmiste exprime son allégresse aux yeux de tous : il élève la coupe de la victoire, en invoquant le nom du Seigneur, qui est le grand vainqueur (vv.13, 14, 18).

En fait, ces démonstrations festives s’inspirent de pratiques anciennes. Elles renvoient aux sacrifices d’action de grâces, de paix ou de communion, rattachés au culte dans la première alliance : des sacrifices d’animaux, accompagnés ou non d’offrandes végétales. Or la nouvelle alliance ne manque pas d’insister sur l’importance de se réjouir devant Dieu : Avec joie, rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière (Col 1.12). Mais l’élément central de la Bonne Nouvelle est le sacrifice de Jésus-Christ, preuve de l’amour infini de Dieu. Aussi, cette immense miséricorde nous engage-t-elle à une action d’autant plus significative : l’offrande de notre corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : c’est là pour nous l’adoration véritable (Rm 12.1).

Concrètement, cette injonction nous oriente vers un changement radical de notre comportement. Elle nous amène à soumettre totalement notre personne, notre vie et notre temps à la souveraineté du Christ. Autant dire que, par celui-ci, nos diverses activités quotidiennes (prières, repas, tâches domestiques ou professionnelles) deviennent des offrandes qui plaisent à Dieu (Col 3.15, 17). Car tout est sanctifié par la parole et par la prière (1Tm 4.4). En revanche, le refus de rendre gloire à Dieu peut attirer des sanctions sévères (voir : Rm 14.6 ; 1 Co 10.30 ; Dan 5.23b ; Ac 12.23). Ainsi, en tout temps et en tout lieu, ne manquons pas d’acclamer le Roi, le Seigneur, en dépit des bouleversements dans notre environnement ou des événements imprévus.

Assurément, le Fils de Dieu lui-même, mieux que l’apôtre, nous incite à discerner, à admirer et à louer le « bon vouloir » du Père en toute circonstance. En effet, face à l’indifférence de certaines villes qui avaient pourtant vu des miracles, Jésus a rendu gloire en proclamant : Je te célèbre, le Père, Seigneur du ciel et de la terre (Mt 11.25). A d’autres occasions, au moment de multiplier les pains ou de ressusciter Lazare, il a encore « rendu grâce » publiquement, et à haute voix (Jn 6.11 ; 11.41). Vous remarquerez également la place que Jésus réserve à la reconnaissance dans la prière qu’il a enseignée à ses disciples. Il ne convie pas à un simple merci, mais à une respectueuse gratitude qui inclut l’adoration, la confession de foi et l’espérance. Avec des actions de grâces, ne cessons donc pas de présenter nos souhaits et nos requêtes à ce Père qui aime, qui donne, qui pardonne, qui protège et qui règne au-dessus de tout, avec puissance et gloire !

Maurice JEAN-CHARLES

À propos de l'auteur : Maurice Jean-Charles