Tous favorisés par l’amour du Seigneur !

Jean 11.5

Jésus avait pris la résolution d’entreprendre sa longue marche vers Jérusalem. Ce n’était pas une montée ordinaire vers la ville sainte ; il avait pour objectif le mont Golgotha où il donnerait sa vie par amour pour tous les fils d’Adam. Or sur sa route, de village en village, cet humble «passant» n’a pas été souvent accepté comme l’Envoyé d’en haut, porteur de l’amour de Dieu à notre monde. Certains lui refusent franchement l’hospitalité, d’autres demeurent incrédules malgré les miracles opérés sous leurs yeux.

En dépit de ces incompréhensions et oppositions, Jésus, venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (Marc 10.45), ne se détourne pas de sa mission ; il continue d’avancer, enseignant, guérissant et nourrissant les foules. A Béthanie, une femme nommée Marthe a bien voulu l’accueillir ; elle avait une sœur, Marie et un frère, Lazare. L’Évangile de Jean atteste que Jésus aimait Marthe, sa sœur et Lazare (Jean 11.5). Ainsi, l’amour de Dieu était entré dans cette maison. Quels enseignements tirer d’un tel événement ?

Du point de vue humain, que Lazare soit favorisé autant que Marthe et Marie, cela peut surprendre. Car, de prime abord, rien ne «justifie » l’amour de Jésus envers ce frère. Concernant Marthe et Marie, Luc mentionne leur attachement à la personne de Jésus. L’une, «super active» prenait plaisir à le servir ; tandis que l’autre, «assise aux pieds» du Maître, accordait volontiers toute son attention à l’écoute de sa Parole (Luc 10.38-42). Mais, contrairement à ses sœurs, il n’est rapporté aucune action venant de Lazare. Jean le présente simplement comme «un homme malade» (Jn 11.1). Faut-il comprendre que Lazare était le «maillon faible» de la fratrie ?

Or, c’est précisément à partir de la «fragilité» de Lazare, que va rayonner la splendeur de l’amour de Dieu. Selon les paroles de Jésus : sa maladie était pour la gloire de Dieu (Jean 11.4). Cet homme malade avait, en effet, de la valeur aux yeux de Jésus. Marthe et Marie le rappellent dans leur supplication : Seigneur, celui que tu aimes est malade (Jean 11.2). Elles ne font valoir aucun mérite ; la force de leur requête, c’est l’amour gratuit du Seigneur pour Lazare : celui que tu aimesDans le même temps, leur intercession révèle l’indigence extrême de leur frère : celui-ci n’a rien à donner, il doit tout recevoir. Autant dire qu’il ne vit que par Jésus, attendant toujours que «Dieu lui vienne en aide», comme le signifie son nom, Lazare !

Apparemment, cependant, cette attente déçoit. Il arrive ainsi que Jésus semble manquer un rendez-vous très important. Justement, dans nos moments les plus cruciaux, il est absent ou silencieux. Alors comme Marthe et Marie, nous geignons : Seigneur, si tu avais été ici… (11.21, 32). Pourtant, le Seigneur est toujours «celui qui vient». De retour à Béthanie, avec une douce et ferme assurance, Jésus affirme être la résurrection et la vie. Par ses paroles, ses larmes et ses actes, il manifeste que son amour est bien au-dessus des affections humaines les plus solides. Mieux encore, il démontre la puissance de sa relation au Dieu vivant, son Père, en ramenant à la vie, Lazare mort depuis quatre jours (Jean 11.41, 44).

Les fruits de cette merveilleuse intervention seront bientôt mis en évidence. Au cours d’un dîner en l’honneur de Jésus (12.1-8), alors que les deux sœurs étaient occupées, l’une à servir les invités, l’autre à honorer la personne de Jésus, l’évangéliste note que Lazare était à table avec Jésus (Jean 12.2). Il était donc là, comme un convive quelconque, au lieu de se comporter en «vedette». Pourtant, la grande foule était venue, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour le voir (Jean 12.9). En réalité, Lazare ressuscité, continuait en toute humilité, de « vivre par Jésus» ; il laissait sa vie nouvelle exhaler le parfum du don reçu gratuitement. Or cette communion à la gloire de son maître, lui attirera aussi les mêmes menaces de mort dirigées contre son bienfaiteur (12.10, 11).

A certains égards, l’amour de Jésus pour cette famille de Béthanie renvoie à une communauté beaucoup plus grande et bien plus diversifiée : son Église. Dans cette Église que Christ a aimée, et pour laquelle il s’est livré, chacun, aussi différent qu’il soit de l’autre, est au bénéfice du même amour infini de Dieu. Tous ont été également choisis, accueillis et établis par lui dans un seul «corps» ; tous adorent, coopèrent, luttent et progressent dans l’unité, grâce à la fidèle assistance de la «tête», Jésus-Christ (Ep 4.15, 16 ; Col 2.10, 19). Tous expriment leur reconnaissance au Père selon ce qui leur a été donné par l’Esprit.

Qui oserait imposer des limites à une communion si belle et si forte ? Voulue par le Père, réalisée par le Fils, dynamisée par l’Esprit Saint, elle est appelée à s’étendre au monde entier, car la bonté du Seigneur est pour tous (Ps 145.9). Sans frontières, elle se déploie continuellement en vue d’atteindre ceux qui sont encore éloignés de la Maison de Dieu, l’Église. Ainsi, tout humain, quel qu’il soit et où qu’il soit, se trouve comme «assiégé» par l’amour puissant et mystérieux de Dieu, Voici, en effet, en quoi consiste cet amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils comme victime d’expiation pour nos péchés (1 Jean 4.10).

Maurice JEAN-CHARLES

À propos de l'auteur : Maurice Jean-Charles