M’aimes-tu ?
Après sa résurrection, Jésus entreprend patiemment de rassembler ses disciples dispersés. Car ils étaient profondément troublés par les conditions de l’arrestation et de la mise à mort de leur Maître, quoique avertis et préparés. Sur les bords de la mer de Tibériade, le Seigneur les avait précédés, et leur avait préparé lui-même un repas. A la fin du repas, il s’adresse à Simon-Pierre, il lui pose trois fois la question : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? (Jn 21.15-19). Ce dialogue mémorable est généralement considéré comme le fondement de la réhabilitation de ce disciple qui avait renié son Maître par trois fois.
Il est remarquable qu’il ne mentionne pas cet événement douloureux et humiliant pour le disciple. Retenons cette manière dont le Seigneur entame la conversation ! Il désire venir en aide à son ami attristé et lui donner l’occasion de « rebondir ». Au lieu de rappeler ce qui assombrit leur relation, Jésus fait de préférence allusion à leur affection réciproque. Car, ce qu’il veut considérer, c’est avant tout l’amour premier qui les relie, lui et son disciple.
Précisément Pierre avait manifesté avec enthousiasme et hardiesse sa résolution d’aller en prison et à la mort avec son Maître (Mt 26.33 ; Mc 14.29 ; Lc 22.33). Mais Jésus, de son côté, ayant discerné la fragilité de son disciple, avait su prier pour lui avant la tentation, l’épreuve et la chute de celui-ci, (Lc 22.32). Ainsi, cet « amour premier », ce n’est pas d’abord celui du disciple, mais bien celui du Maître envers ce dernier. On n’insistera jamais assez sur l’importance de cet aspect relationnel primordial. Il trouve son origine dans l’amour gratuit de Dieu pour nous ; amour éternel, mais révélé dans le temps par son Fils devenu homme.
Pourtant, Jésus demande à Pierre : M’aimes-tu ? A la réponse affirmative de Pierre, il lui est confié une mission, celle de paître les agneaux et les brebis du Seigneur (Jn 21.15, 16, 17). En d’autres termes, Pierre devra témoigner de l’amour qu’il a pour son Maître en aimant les autres, en prenant soin de ceux qui appartiennent au Seigneur. Cette recommandation rejoint ainsi celle déjà formulée par Jésus avant sa crucifixion, lorsqu’il disait à Pierre : J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras revenu (converti), affermis tes frères (Lc 22.33).
A nous aussi qui avons connu la grâce et la paix du Ressuscité, à nous qu’il a « repêchés », nous faisant revenir de nos égarements, il pose la même question. A chacun personnellement il dit : M’aimes-tu ? Dans l’affirmative, il nous enjoint à servir les autres en son Nom, afin qu’ils retrouvent la communion avec leur souverain Pasteur qui seul conduit sur le chemin de la vie.

Maurice JEAN-CHARLES

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