Avec le Seigneur

Assurément, ce qui fait la joie du croyant, c’est la présence quotidienne du Seigneur ressuscité. Une présence qui révèle deux facettes. La naissance de Jésus Emmanuel scelle l’heureuse nouvelle : « Dieu avec nous ». Sa résurrection est la source d’une joyeuse assurance, celle d’être « avec le Christ ».

Notre vie chrétienne dépend de ce double aspect de notre relation au Seigneur. Le livre des Actes relate comment le comportement des disciples témoignait qu’ils étaient avec Jésus (4.13). Mais « être avec le Christ » n’est possible que parce que, d’abord, lui « est avec nous ». C’est lui qui choisit et appelle qui il veut pour être avec lui (Mc 3.13, 14 ; Jn 15.16). A certains égards, cette union rappelle la relation de Dieu à son peuple. Basée sur un « choix » inspiré par l’amour, elle est durable : je t’ai choisi et non rejeté, ne crains pas car je suis avec toi (Es 41.9).

L’Evangile atteste la même bienveillance de Jésus envers nous. C’est lui qui nous a choisis. Or nous savons qu’il aime jusqu’au bout et qu’il désire que nous soyons avec lui pour toujours. Dans une prière à son Père, il ose dire : Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi (Jn 17.24). Sur la croix, il a donné au larron repenti cette belle assurance : En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis (Lc 23.43). A notre sujet, Paul déclare : nous étions morts à cause de nos fautes, mais Dieu nous a fait revivre avec le Christavec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux (Ep 2.5, 6).

Ce choix initial est renforcé par un engagement, la promesse d’une assistance indéfectible. Autrefois, Dieu avait déclaré au peuple qu’il avait choisi : Moi, le Seigneur, je suis ton Dieu qui tiens ta main droite, qui te dis : « Ne crains pas, c’est moi qui t’aide. » (Es 41.9, 13). Par cette intervention, Dieu rendait le peuple capable, à son tour, de s’attacher à lui. Et c’est parce que Jésus nous tient également attachés à lui que nous pouvons rester unis à lui. « Bon berger », il affirme que personne n’arrachera ses brebis de sa main (Jn 10.28).

Ainsi, forts de l’engagement du Seigneur à nous secourir, encouragés par sa promesse de nous soutenir jusqu’à la fin, nous sommes délivrés de la peur, de la crispation qui entraîneraient un repli sur soi. Nous pouvons témoigner notre confiance en nous abandonnant totalement à lui, en faisant nôtre la parole du psalmiste : Je suis attaché à toi ; ta droite me soutient (Ps 63.9).

Toutefois, cet abandon confiant ne signifie pas ne plus s’occuper de rien. Plus précisément, il faut y voir un « don total » de soi. Ce n’est pas un relâchement, laissant accès à la distraction et au sommeil. Il s’agit au contraire d’être éveillés ; les regards sur Jésus, nous sommes attentifs à ses paroles et à ses actions. Car, être avec le Seigneur, c’est se conformer à lui, en « marchant avec lui », en « travaillant avec lui » et en « souffrant avec lui ». Lui-même nous apprend cette pieuse attitude, consistant à regarder à ce que faisait le Père, afin de faire pareillement.

Du coup, nous sommes conduits à tenir compte de son avertissement : Qui n’est pas avec moi est contre moi et qui ne rassemble pas avec moi disperse (Lc 11.23). Comprenons ainsi que, être avec le Seigneur, suppose d’être « attelé » à lui, comme le disciple à son Maître et l’Eglise à son époux, le Christ (Mt. 11.29, 30 ; Ep 5.23).

À propos de l'auteur : Maurice Jean-Charles