De sa propre volonté, il nous a engendrés

Jacques 1.18

Étrange déclaration de naissance, s’il en est ! Le Père des lumières a pris l’initiative de donner la vie aux humains plongés dans les ténèbres de la mort. L’annonce faite par la lettre de Jacques, signale deux éléments importants dans cette mystérieuse intervention : la «volonté de Dieu» et la «parole de vérité».

En premier lieu, notre Dieu fait tout ce qu’il veut (Ps 115.3) ; ce qui exclut toute forme de contrainte extérieure, ainsi que toute aide étrangère. Qui pourrait prétendre avoir été son conseiller? Il déclare : Mes projets se réaliseront et tout ce qui me plaît, je l’exécuterai (Es 46.10). Prosaïquement, on dirait que Dieu a le pouvoir de réaliser seul tout ce qu’il souhaite : en lui, le «vouloir et le faire» sont inséparables.

Mais cela ne signifie pas que les désirsde Dieu soient fantaisistes ou arbitraires. Dieu n’agit pas en amateur. Selon l’expression utilisée ici par Jacques, l’action de nous engendrer découle d’une décision prise par Dieu après réflexion. En d’autres termes, il appelle à l’existence, d’une part sur la base de projets éternels, conçus avec sagesse et amour, justice et sainteté, et d’autre part en relation avec la parole de vérité. Celle-ci évoque la parole proclamée (Ep 1.13 ; 1P 1.23-25), aussi bien que la parole éternelle, par qui tout fut créé, le Fils unique plein de grâce et de vérité, (Jn 1.3, 9-14).

Par conséquent, en nous engendrant « par sa propre volonté», Dieu avait certainement une intention raisonnable et magnifique. De fait, Jacques précise : il nous a engendrés afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ses créatures. En quelque sorte, il nous a destinés à devenir ses représentants au sein de sa création. En effet, régénérés par le «Père des lumières», nous sommes devenus «enfants de lumière» dans un monde de ténèbres. D’autre part, transformés en «nouvelle création» par la Parole de vérité, nous sommes les «annonciateurs» du renouvellement d’un monde en attente de sa libération (voir Rm 8.11-18).

Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don : nous sommes appelés enfants de Dieu (1Jn 3.1). Effectivement, «Dieu est amour» ; sa volonté ne peut être réduite à une logique froid ; elle a pour effets ce qui est bien, agréable et parfait (Rm 12.3). Aussi, les projets de Dieu s’enracinent-ils dans son infinie bonté. Voyez comment, dans ce premier chapitre de sa lettre, Jacques a voulu attirer notre attention sur la générosité de Dieu qui donne simplement et sans reproche (1.5). Il fait remarquer également que Dieu donne ce qui est excellent, précieux, sans regretter ses largesses, sans changer ses bonnes dispositions, (v.19).

Tout cela nous incite à compter sur la fiabilité de la volonté de Dieu. Nous sommes soutenus par l’assurance que ses dons et ses appels sont irrévocables (Rm 11.29). Nous exultons à l’annonce de la réalisation en Christ de tout ce qu’il avait décidé, «selon le mystère de sa volonté ». Son «plan secret» révélé met en évidence la grandeur des privilèges qui nous sont définitivement accordés. Nous apprenons, en effet, que le Père nous a bénis de toute bénédiction spirituelle, dans le Christ…il nous a choisis pour être saints…il nous a destinés à l’adoption filiale…il nous a rachetés par le sang du Christ…il nous a scellés de l’Esprit Saint (Ep 1.3-14).

Maintenant que tout est accompli, qu’avons-nous à faire, sinon rendre grâce à Dieu de tout notre cœur et le glorifier par notre vie ? c’est-à-dire, nous appliquer à conformer notre existence à sa volonté bienveillante. Mais comment y parvenir ? Le Fils de Dieu, fait homme, est le seul à l’avoir fait. Maître doux et humble de cœur, il est aussi le seul à pouvoir nous instruire et nous façonner. En contemplant sa vie entière, nous le voyons unir parfaitement sa volonté à celle du Père. Me voici, a-t-il dit, je viens pour faire ta volonté (Hé 10.7). Face à la mort, malgré l’effroi et l’angoisse, il a accepté la coupe amère du sacrifice en disant à son Père : Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mc 14.36).

Dès lors, faut-il s’étonner qu’il nous ait enseigné à nous, ses frères, à dire à notre tour : Notre Père…que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel (Mt 6)? Mais pour donner suite à notre prière, comment pouvons-nous, en pratique, accorder notre vie à la volonté de Dieu ? C’est en suivant les recommandations de Jésus à ses disciples : Demeurez en moi, comme moi en vous…car hors de moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15.4, 5). En effet, ayant parfaitement accompli la volonté du Père, en dehors de nous et pour nous, seul le Fils est en mesure de l’accomplir aussi en nous. Il n’y a pas d’autre expérience satisfaisante que de rester attachés au Seigneur et de laisser sa propre œuvre se développer en nous, dans l’amour et dans l’obéissance de la foi.

Maurice JEAN-CHARLES

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