Demeurez en moi, comme moi en vous

Jean 15.4

Avant tout, prenez le temps d’apprécier les motifs qui justifient cette belle sollicitation ! Alors que ce commandement pourrait vous paraître contraignant, vous serez agréablement surpris de voir que Dieu a tout pris en charge. En premier lieu, sachez que si le Seigneur vous adresse une invitation aussi pressante à demeurer en lui, c’est qu’il a d’abord établi une relation certaine avec vous : vous êtes déjà en lui. Oui, « en lui », non d’une façon naturelle, en raison de vos capacités ou de vos qualités, mais par sa miséricorde et par sa puissance. C’est par lui que vous êtes dans le Christ-Jésus (1 Co 1.30). Réjouissons-nous donc de cette grâce qui nous a été faite !

En second lieu, à partir de cette relation, nous sommes encouragés à « croître » et à « porter du fruit ». C’est-à-dire que, désormais, ce qui s’offre à nous, c’est notre progression vers la maturité spirituelle. En d’autres termes, c’est la manifestation tangible de vertus attestant que nous avons part à la vie divine ; c’est l’éclosion d’aptitudes nouvelles, de dons spirituels authentiques qui glorifient le Père dont ils proviennent.

A ce sujet, la métaphore de la vigne employée ici par Jésus (Jean 15.1-7), est tout à fait appropriée. Elle met en relief ce qui est indispensable à la prospérité de la vigne. Là encore, l’intervention divine est prioritaire. Vous remarquerez d’une part l’action souveraine et bienveillante du vigneron qui souhaite et qui attend beaucoup de fruit de sa vigne. D’autre part, le Fils s’associe à ce projet et coopère activement par sa parole de grâce et de vérité : Déjà vous êtes purs, dit-il, à cause de la parole que je vous ai dite (15.3). Rappelez-vous que nous sommes « sanctifiés par la vérité » (Jn 17.19).

Cependant, en réponse à cette générosité divine, ce qui est attendu de nous, c’est d’accueillir le beau projet de Dieu avec foi, dans une attitude patiente et humble par laquelle nous restons attachés à notre Seigneur. Voyez la dépendance des sarments au cep ! En considérant l’image de cette vraie vigne, comment ne pas penser à l’Eglise, désignée comme un « corps » ? Les membres sont placés sous l’autorité de la « tête », Jésus-Christ, et reliés les uns aux autres. Ils sont établis comme Dieu l’a voulu (Rm 12 ; 1 Co 12 ; Ep 1.22, 23). Ne sommes-nous pas appelés à nous maintenir dans cette communion, à garder l’unité de l’Esprit (Ep 4.3), afin de grandir ensemble vers la taille du Christ dans sa plénitude (Ep 4.15) ?

Précisément, en troisième lieu, l’exhortation de Jésus : demeurez en moi, s’accompagne d’une affirmation très significative : comme je demeure en vous. Jésus nous apprend à mettre en pratique ce qu’il nous ordonne. « Demeurer », c’est faire preuve de fidélité et d’amour. Il demeure en nous par fidélité et par amour d’abord pour son Père qui l’a envoyé, mais aussi à l’égard des humains, « ses frères ». Cependant, Jésus n’est pas seulement un « modèle » à contempler. Ce qu’il est, il le communique, il rend ses disciples capables d’être et d’accomplir, c’est-à-dire, d’être fidèles et d’aimer à leur tour. Par sa parole, semence de vie éternelle, il répand ses propres vertus en nous ; par son Esprit, eau vive, il les « fertilise » et les développe. Nous avons ainsi la garantie d’entretenir une puissante relation de vie avec lui. Il en avait parlé à ses disciples, alors qu’il allait affronter la mort : Vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous (Jn 14.19, 20).

Ainsi, les deux portions de la parole de Jésus : demeurez en moi, comme je demeure en vous, ne sont pas une simple juxtaposition ; elles forment un attelage cohérent et se complètent harmonieusement. Si la première énonce un commandement, la deuxième concourt à son accomplissement. Leur association a été évoquée et formulée autrement par Jésus, quand il recommandait à ses disciples de « demeurer dans ses paroles », tout en désirant que « ses paroles demeurent en eux » (Jn 8.31 ;15.7). Les deux expressions suggèrent un double « enracinement », en rapport avec la Parole de Dieu. D’une part, nous sommes appelés à nous ancrer dans la parole de sa grâce qui nous a été annoncée (Ac11.23) ; d’autre part, nous sommes invités à accueillir la parole du salut qui a été implantée en nous (Jc 1.21).

Puissions-nous donc, mettre une entière confiance en sa parole, être fermement établis en lui, la vraie vigne, afin de témoigner d’une vie enrichie par sa vie ! Qu’il nous soit fait selon la Bonne Nouvelle que nous avons entendue et que la volonté de notre Père soit faite sur la terre comme au ciel !

À propos de l'auteur : Maurice Jean-Charles