Notre Seigneur ressuscité reconstruit les accablés
Les diverses apparitions du Ressuscité à ses disciples convergent vers un objectif principal : les mobiliser jusqu’aux extrémités de la terre, comme témoins de tout ce qu’ils ont vu et entendu. Mais avant tout, ils avaient grandement besoin d’être « reconstruits ». Car profondément affectés par la mort violente et humiliante de leur Maître, il fallait d’abord les guérir de ce « traumatisme ». Aussi, chaque intervention personnelle du Seigneur visait à les affermir dans la réalité de sa résurrection, à garantir l’évidence du triomphe de la vie sur la mort.
Dans la troisième apparition mentionnée par Jean, notre attention est attirée par la façon dont cette belle œuvre de reconstruction est réalisée par Jésus. Regardons ensemble comment il procède pour compenser les défaillances de ses disciples, en les faisant sortir de leur abattement et de leur désappointement. Ainsi, l’évangéliste rapporte : Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage (Jn 21.4). Que fait-il donc à cette heure matinale, à cet endroit, seul au bord du lac de Tibériade ? Il attend tout simplement le retour des « siens ». Ceux-ci, livrés à eux-mêmes, désœuvrés, avaient repris la mer, la veille au soir, à l’instigation de Simon-Pierre.
Or cette nuit-là, ils ne prirent rien (Jn 21.3). Mais Jésus n’était pas indifférent à leur situation décevante. Il est là, debout, patient mais non passif. De son lieu, il les voit en difficulté et s’associe déjà à leur pénible labeur. Il anticipait ce moment où, épuisés, ils allaient surgir de la nuit avec le lever du jour. Comme un bon thérapeute, il commence ses soins par une parole amicale : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? Puis, à leur réponse négative, sa voix les guide, les oriente et les motive : Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. Confiants dans cette parole encourageante, ils accomplissent promptement les derniers gestes qui se révèlent aussitôt efficaces : leur filet plein à craquer compense toute une nuit de vains efforts.
A n’en pas douter, celui qui leur avait parlé, c’est le Seigneur. Cette « pêche miraculeuse », qui en rappelle une précédente, ne peut être attribuée qu’à lui seul. C’est la conviction exprimée spontanément par le « disciple que Jésus aimait ». Assurément, la divine providence a joué un rôle essentiel. Depuis la révélation à Morijah, nous avons appris, par Abraham, que notre Seigneur est le Dieu qui prévoit et pourvoit (Ge 22.8, 14). Jésus savait que ses disciples risquaient de rentrer au port, la barque vide et le ventre creux, l’âme triste. Il allait falloir les « restaurer » à tout point de vue. Et il a agi. Outre cette pêche fructueuse, lui, le Seigneur et le Maître, leur avait dressé une table, là, sur cette plage.
Cependant, à ce rendez-vous convivial, ce n’est pas le menu proposé qui cristallise les sentiments de Jésus à l’égard de ceux qui trébuchent ou qui ont failli à leurs engagements. C’est plutôt la manière dont il leur manifeste sa faveur. Certes, nous ne percevons pas la « salutation pascale » : la paix soit avec vous. Mais l’accueil n’est pas moins cordial et rassurant. La simple et franche invitation : Venez manger (21.12) en dit long ; car manger ensemble, en présence du Seigneur est signe de communion. C’est donc un repas de concorde et de paix. De plus, il scelle un nouveau départ. Effectivement, aucun reproche, aucun mépris n’est signalé. Au contraire, les invités que le Maître avait déjà interpellés en utilisant le vocable familier : enfants, sont maintenant accueillis avec complaisance. Il leur manifeste l’amour qui est patient et qui rend service…qui n’entretient pas de rancune…mais qui excuse tout (1 Co 13). S’adressant particulièrement à Pierre qui l’avait renié, Jésus lui témoigne à nouveau sa confiance. Il l’associe à son ministère en le chargeant de paître ses brebis et ses agneaux (Jn 21.15-17).
L’Ecriture insiste sur cet amour de Dieu qui veille inlassablement sur ceux qui lui appartiennent, afin de les relever. Déjà Jérémie, évoquant l’attachement profond de Dieu pour son peuple pourtant infidèle, transmettait ce témoignage : De loin, le Seigneur m’est apparu : « Je t’aime d’un amour éternel, aussi c’est par amitié que je t’attire à moi. De nouveau je veux te bâtir, et tu seras bâtie, vierge Israël » (Jé 31.3, 4). Pensez aussi à ce que dit l’Evangile au sujet de ce « fils dévoyé » qui avait quitté la maison paternelle du jour au lendemain. Mais son père, qui n’avait pas cessé de l’affectionner, espérait toujours son retour. L’apercevant de loin, nous dit la parabole, il courut à sa rencontre et l’embrassa longuement (Lc 15.0).
Est-il donc déraisonnable de penser qu’il est possible à l’un d’entre de nous de faire une telle rencontre en ce jour ? Jésus, vraiment ressuscité, est toujours vivant. Il est debout aujourd’hui encore sur quelque « rivage » et vous attend avec une infinie tendresse, tout disposé à vous « reconstruire ». Il est votre aurore ; il vous fait sortir de vos nuits obscures et agitées. Il vous « restaure » et vous « instaure » à nouveau dans sa communion et dans son service. Tendez l’oreille, il vous dit : Venez !
