Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir :
ÉCOUTEZ-LE ! (Mt 17.5)
Voilà une parole claire, nette et concise. Et elle en dit long ! Une « parole du Père » qui nous oriente vers la « parole de son Fils » qui est lui-même Parole Éternelle de Dieu ». A l’origine de tout ce qui existe, celle-ci remplit l’univers, assurant sa permanence et sa cohésion (Cl 1.17).
L’ordre de l’écouter ne se limite pas à ce petit groupe de disciples ébahis qui viennent d’entrevoir en quelques instants la transfiguration de leur maître. Au-delà de Pierre, Jacques et Jean, il est adressé à une collectivité plus grande, appelée à changer de condition ; il intéresse toute une humanité dont le destin est remis entre les mains d’un Envoyé accrédité : ce Jésus resplendissant de gloire. Tous ceux, qui appartenaient au Père, lui sont « donnés » (Jn 17.6).
Dans ces conditions, la parole : Ecoutez-le, évoque en quelque sorte un « contrat de confiance » dont le Fils est le médiateur et le garant. Dès lors, nous sommes assurés que ses directives ne sauraient en aucun cas nous égarer ou causer notre malheur ! Au contraire, voici ce qu’il déclare : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vie, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année d’accueil de la part du Seigneur (Lc 4.18, 19).
Il est alors étonnant que tous n’accueillent pas cette Bonne Nouvelle. Ils sont restés sourds à ce message libérateur. Pourquoi ? C’est que la surdité spirituelle est l’état « normal » de notre « vieille nature » pécheresse. Dieu seul peut nous en guérir (Mt 8.17 ; 13.15). Souvenez-vous de ces ossements desséchés dans la vision rapportée par Ézéchiel (ch 37.1-14). De leur part, aucune espérance de réponse, jusqu’au jour où Dieu ordonne à son envoyé de prophétiser : « Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur ! (37.4).
Ésaïe aussi avait signalé la volonté de Dieu de nous guérir de notre infirmité et de nous rendre capables d’écouter. Il déclarait : Le Seigneur Dieu m’a donné le langage des disciples pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ; matin après matin, il me fait dresser l’oreille pour que j’écoute, comme les disciples (Es 50.4). Ainsi, la parole de grâce restaure et nous met en état d’écouter en vue d’agir selon la volonté de Dieu.
Enfin, rappelons-nous comment Jésus invitait à son repos ceux qui étaient fatigués et chargés. Maître « doux et humble de cœur », ne propose-t-il pas à nos « âmes » de goûter la paix en écoutant son enseignement, en accueillant sa discipline ? (Mt 11.28-30). Car pour un disciple, écouter c’est avoir confiance en celui qui a les paroles de vie éternelle (Jn 6.68) ; c’est aussi s’appliquer à faire ce qu’il a ordonné : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres (Jn 13.34).
Ce qui est proposé en effet à notre méditation dans cette scène de la transfiguration, c’est le Fils de Dieu, reconnu digne de confiance, et par conséquent digne d’être écouté. Par son service irréprochable lui seul a accompli la Loi (représentée par Moïse) et surclassé les prophètes (figurés en la personne d’Élie). Car, d’une part, la Loi, n’était que l’ombre des biens à venir, tandis que Jésus en est la réalité (Cl 2.9, 17) ; d’autre part, si les prophètes ont bien annoncé les promesses divines, c’est Jésus qui est le Oui de Dieu à toutes ces promesses (2 Co 1.20).
Mais l’imperfection des prescriptions de la loi de Moïse avait été déjà dénoncée dans le cadre même de la première alliance. Pareillement, des écrits prophétiques laissaient espérer un service agréable à Dieu, inauguré par un ministre ayant toute la complaisance de Dieu. Ainsi le psaume 40 rapporte cet oracle messianique : Tu n’as pas pris plaisir au sacrifice ni à l’offrande : tu m’as ouvert les oreilles…Alors j’ai dit : Je viens avec le livre-rouleau écrit pour moi. Je désire faire ta volonté, mon Dieu (Ps 40.7-9).
De fait, par sa mort sur la croix, Jésus a réalisé le dessein éternel de Dieu en offrant sa vie comme un sacrifice de réparation (Es 53.10). Après avoir remis son esprit au Père, il proclame solennellement : Tout est accompli ! Ressuscité, il expliquera à ses disciples incrédules comment tous les événements qu’il a endurés correspondaient en tout point à la pensée de Dieu révélée dans les Écritures, depuis Moïse jusqu’aux prophètes (Lc 24.27, 44).
Ainsi, l’Evangile de Jésus-Christ est la Bonne Nouvelle du « Oui » prononcé par Dieu en son Fils à l’égard des humains, confirmant son amour infini dont rien ne pourra jamais nous séparer. Chaque fois que nous l’écoutons, manifestons joyeusement notre accord et notre reconnaissance, en proclamant : Amen ! Mais, comprenons-le aussi, ce témoignage formel de notre foi nous convie à l’obéissance filiale, à l’exemple du Fils bien-aimé.
Maurice JEAN-CHARLES
