Alors, Jésus fut conduit par l’Esprit au désert, pour être tenté par le diable

(Mt 4.1)

A la suite de son baptême, rehaussé par des manifestations célestes : témoignage du Père et descente de l’Esprit, Jésus quitte les rives du Jourdain sous la conduite de l’Esprit pour être tenté par le diable dans le désert. Comment comprendre cette singulière étape imposée au Fils de Dieu dès le début de son ministère ? Quelle est pour nous la portée de cet épisode ? Ces interrogations nous invitent à considérer, d’une part le but de la mission du Fils de Dieu ici-bas ; d’autre part les intentions du tentateur, le diable.

A l’annonce de la naissance du saint enfant, l’ange révélait qu’il s’appellerait Jésus, car c’est lui qui allait sauver le peuple du péché (Mt 1.21). Paul pour sa part témoigne : Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs (1Tm 1.15). Jésus lui-même confirme qu’il n’est pas venu appeler des justes mais des pécheurs (Lc 5.32). Autant dire que la rémission des péchés est au centre de notre salut (Lc 1.77). Sans elle, pas de communion avec Dieu, pas de réconciliation, pas d’adoption filiale.

Dès lors, ce séjour au désert a un sens particulier pour Jésus et présente un énorme intérêt pour l’humanité pécheresse. Il inaugure un long combat spirituel contre le diable pour mettre un terme au règne du péché. Le Fils de Dieu va lutter jusqu’à la croix pour jeter dehors le prince de ce monde, lui qui avait entraîné nos premiers parents dans la désobéissance et qui ne cesse de nous inciter à pécher. Pour nous venir en aide, il était nécessaire que notre libérateur soit tenté comme nous, sans commettre le péché.

Effectivement, les tentations de Jésus ne sont pas différentes des nôtres. Elles ont leurs origines dans les sollicitudes charnelles ou mondaines : besoins du corps, attrait des apparences, désir d’être reconnu, soif de puissance (Mt 4.2-7). Satan les utilise pour nous pousser à prendre en main notre avenir et nous séparer ainsi de Dieu. Or Jésus nous met en garde contre ces inquiétudes vaines et néfastes (Mt 6.21-34), contre les soucis de la vie, les richesses et les plaisirs de la vie, nuisibles à la croissance de la parole semée en nos cœurs (Lc 8.14)

Mais, la troisième des tentations nous révèle surtout l’objectif majeur du tentateur : soumettre les humains à son pouvoir et occuper la place de Dieu. Il ose demander en effet à Jésus de se prosterner devant lui pour l’adorer, en échange de la gloire et de la puissance des royaumes du monde. Cependant le Fils, loyal à son Père, manifeste une ferme opposition à l’adversaire téméraire ; il le chasse par la puissance de l’Esprit dont il était revêtu : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et à lui seul tu rendras un culte (Mt 4.10).

Pourtant, le tentateur n’en reste pas là. Opiniâtre, il se manifeste vers la fin du ministère de Jésus, en cherchant à détourner celui-ci du chemin tracé par Dieu. Il utilise l’amitié de Pierre pour contrecarrer le dessein de Dieu : l’humiliation et le rejet du Fils, sa souffrance et sa mort sur une croix. Mais là encore, Jésus fait preuve de la même fermeté et réplique au disciple : Retire-toi ! Derrière-moi, Satan ! tu es pour moi une occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes (16.23).

Ces deux épisodes nous encouragent et nous instruisent au sujet du combat spirituel auquel sommes appelés. A nous qui voulons marcher à sa suite, cet ordre nous est donné : soumettez-vous à Dieu, résistez au diable (Jc 4.7). Considérez la disposition de ces deux impératifs. Visiblement, il y a un lien important entre la soumission à Dieu et la résistance au diable. Avant la recommandation de «résister», il y a la «condition» ou «l’exigence» de «se soumettre à Dieu».

Or parler de «soumission» suscite souvent une certaine gêne. Nous pensons à l’oppression du faible par le fort, ou à l’attitude servile de l’esclave par rapport à son maître. Mais Dieu n’est pas un despote ; il est le Père qui aime. Se soumettre à lui exprime avant tout l’attachement profond et volontaire du Fils. Ayant une pleine intelligence du dessein de son Père, il coopère étroitement avec lui, cherchant toujours à lui plaire. Il est humble et confiant.

Dans le contexte du combat spirituel, se soumettre à Dieu, c’est aussi s’en remettre à la protection divine. Comme les poussins s’éloignent du danger en se réfugiant sous les ailes de leur mère, de même, celui qui habite au secret du Très-Haut repose à l’ombre du Puissant (Ps 91.1), en toute sécurité ! En même temps, il se place « sous» l’autorité de Dieu pour n’obéir qu’à lui seul. Du coup, il se soustrait aux tendances de la chair et aux séductions du tentateur ; il marche selon l’Esprit (Ga 5.16), il offre son corps à Dieu en vue du vrai culte (Rm 12.1).

Enfin, Jésus met en évidence un aspect très important du « combat spirituel» : l’endurance, face à l’obstination de l’adversaire. Ayant fait le choix d’obéir intégralement à la volonté du Père jusqu’à la croix, il s’appuie sur la Parole de Dieu à chaque tentation du diable. Ainsi, par notre patience dans la tentation ou l’épreuve, le diable fuira loin de nous (1.4, 12 ; 4.7). Car, temple de Dieu que nous sommes, nous ne devons laisser aucune place au diable (Ep 4.17). Mais une victoire complète ne se limite pas à refuser tout accès au Malin ; il nous faut aussi favoriser dans notre cœur le règne de Christ, le Seigneur, (1 P 3.15).

Maurice JEAN-CHARLES

À propos de l'auteur : L’équipe Reconnexion !