LE MOT DU PASTEUR – SAISIS LA VIE ETERNELLE

Par |Le Mot du Pasteur|

Saisis la vie éternelle

1Tim 6.19

Contrairement à ce que vous pourriez penser, cette parole n’est pas adressée à une personne qui ne connaîtrait pas encore la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ qui nous délivre de nos péchés et nous fait passer de la mort à la vie. Non, elle est destinée à quelqu’un, Timothée, désigné par Paul comme son enfant et comme un homme de Dieu (1.18 ; 6.11). L’apôtre désirait ardemment que Timothée soit un serviteur de Dieu parfaitement équipé, éprouvé et approuvé (2 Tm 2.15). Aussi, il ne manquait pas de le conseiller et même de le stimuler à bien des reprises.

Justement, c’est en apport avec le beau combat de la foi que dans cette lettre Paul encourage son «enfant» à saisir la vie éternelle (1.18 ; 6.12). Il s’agit de se dégager des attractions pernicieuses du monde pour se conformer à la juste manière de vivre proposée par l’enseignement de Jésus-Christ. Ce jeune serviteur avait entendu cet appel ; il y a cru et en a rendu témoignage. Ayant reçu la grâce d’une nature nouvelle, il se trouve désormais au contact d’une réalité grandiose : «la vie éternelle» !

Dès lors, Timothée a le devoir d’entretenir les dons et les privilèges rattachés à sa vocation ; il doit combattre les forces qui s’y opposent et s’appliquer à faire prospérer sa vie spirituelle en s’ouvrant à la plénitude du Christ. Mais ces recommandations ne le concernent pas lui seul. Dans sa lettre, l’apôtre exhorte d’autres croyants, comme nous aujourd’hui, à s’attacher à la vraie vie (6.19). Pierre, de même nous invite à tout faire pour développer toutes les potentialités spirituelles que la divine puissance nous a accordées afin de mener une vie conforme à la volonté du Seigneur (2P 1.3).

Or le commandement revêt de multiples aspects dans son application. Nous pouvons nous laisser guider par l’exemple personnel de l’apôtre. Dans sa lettre aux Philippiens, il évoque en effet son cheminement avec le Seigneur ressuscité. Il raconte comment il avait renoncé à tous les avantages humains qui faisaient sa gloire, afin de gagner Christ (Ph 3.7-9). Il voulait saisir Jésus-Christ, car il a été saisi par lui, écrit-il (3.12). Mais qu’entendait-il par-là ? Pour nous donner le sens de cette expérience spirituelle, l’apôtre utilise une série d’expressions axées sur un élément central : connaître Christ (3.10).

La «connaissance» dont il est question ne relève pas du domaine de l’intellect ; celui-ci ne vise qu’à «savoir» certains éléments de la biographie de Jésus. Il s’agit plutôt d’une véritable entrée en relation avec le Christ, d’être uni à lui, non pas partiellement, mais en ayant part aussi bien à la puissance de sa résurrection qu’à ses souffrances. Cette pleine «communion» aboutirait alors à la «configuration au Christ» ; ce qui signifie pour Paul, s’identifier totalement à son Seigneur en se rendant semblable à lui dans sa mort, dans la perspective de la résurrection d’entre les morts. (Ph 3.16, 17).

Du coup, pour Paul, saisir le Christ, c’est aussi saisir la vie éternelle. Il déploie tout le dynamisme de la foi en courant vers ce but. Toutefois il reconnaît que cette transformation glorieuse est progressive et surtout qu’elle est une opération divine : elle ne vient pas de l’homme. Paul atteste donc qu’il attend des cieux, comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire (Ph 3.20, 21).

A la suite de Paul, pour Timothée, comme pour nous, saisir la vie éternelle est une entière adhésion par la foi au Christ vivant ; il est déjà au milieu de nous, mais il doit se manifester un jour dans la gloire. Cette confiance suscite ainsi la ferme espérance d’une issue favorable au «combat de la foi» inévitable dans le temps présent (1Tm 4.10. L’événement pascal, proclamant la vie éternelle, est toujours actuel ; c’est une réalité à la fois nouvelle et permanente, fermement établie pour le présent et pour l’avenir, car Christ ressuscité des morts ne meurt plus (Rm 6.9). Aussi, Paul encourage-t-il Timothée à se souvenir de Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts (2 Tm 2.8), comme un réconfort permettant d’endurer toute souffrance dans le service du Seigneur.

Signalons enfin que cette vie éternelle n’est pas seulement objet de foi et d’espérance ; elle s’enracine dans l’amour éternel de Dieu qui nous l’a promise et même donnée avant les temps éternels (1Tm 1.9 ; Tt 1.2). En effet, la volonté suprême de Dieu est que personne n’aille à la perdition, mais ait la vie éternelle en son Fils Unique (Jn 3.16). De fait, l’Evangile annonce que la vie éternelle était auprès du Père, et qu’elle s’est manifestée (1Jn 1.1, 2). Elle est venue vers nous dans une chair semblable à la nôtre en la personne de Jésus-Christ : c’est lui le Dieu véritable et la vie éternelle (1 Jn 5.20).

A cette admirable démarche du Père, motivée par l’amour, une réponse d’amour est attendue de notre part : avec reconnaissance, rester humblement attachés au Fils, le «don ineffable». En effet «saisir la vie éternelle», ce n’est pas «arracher» avec violence ce qui est «donné» par grâce. Au contraire, ce commandement nous amène avec délicatesse, par l’Esprit, au contact du «mystère de Jésus-Christ» qui est lui-même «mystère de l’amour de Dieu». Pareillement, c’est avec douceur et humilité que nous pouvons y accéder. Ainsi, de manière certaine, tout doit s’accomplir dans l’amour qui est patient et qui demeure (1 Co 13.4, 13).

Saisis donc le Christ, «saisis la vie éternelle», en poursuivant l’amour ! (1 Co 14.1)

Maurice JEAN-CHARLES

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