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Par |Le Mot du Pasteur|

J’ai prié pour toi…

Luc 22.32

Les évangiles font état de la place importante occupée par la prière dans le ministère de Jésus-Christ. Fils de Dieu, il ne s’adresse pas au Père avec l’unique souci de bien accomplir sa mission ici-bas. Il accorde également une attention particulière aux «siens», «ceux que le Père lui a donnés» ; il déborde d’affection à l’égard de «ceux que le Père a pris du milieu du monde». Il ne veut en perdre aucun ; il veille sur eux, comme un berger garde son troupeau (Jé.31.10).

Ainsi, peu de temps avant sa mort, au cours d’un entretien avec les douze, le Seigneur fait une révélation inattendue : Simon, Simon, dit-il, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme du blé, mais j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères (luc 22.31, 32). Essayons d’évaluer en quelques mots le poids de sa déclaration et considérons en quoi elle intéresse notre relation au Christ.

Les propos de Jésus concernent ses apôtres et Pierre en premier lieu ; il les prépare aux épreuves à venir. S’il dévoile partiellement l’activité opaque de Satan, il veut surtout attirer leur attention sur une autre réalité plus heureuse et plus grande : sa fidélité qui leur garantit une parfaite protection en toute circonstance. Or la plupart des humains, ne se doutant de rien, subissent des tempêtes en récriminant contre le ciel. Souvenez-vous des tribulations infligées à Job par Satan (Job 1, 2). De même, cet «adversaire» s’était placé à la droite du grand-prêtre Josué pour l’accabler (Za 3.1-5).

Compte tenu de ces événements, le message de Jésus à ses disciples tient lieu aussi d’avertissement. Il veut les mettre en garde contre la tendance bien humaine à mettre sa confiance en ses propres forces. Pierre apprendra à ses dépens qu’une telle attitude, face au pouvoir des ténèbres, aux épreuves ou aux tentations, ne peut que conduire à l’échec. En revanche, Jésus indique un moyen efficace : la prière, à laquelle lui-même a recours en leur faveur, à leur insu ! Mais qu’elle soit secrète ou ostensible, intime ou publique, l’intercession du Fils est toujours opérante, car le Père l’exauce toujours (Jn 11.42)

Certainement, tout disciple, d’hier et d’aujourd’hui, peut se réjouir d’être au bénéfice de la médiation du Fils. Chacun a tout lieu d’accueillir personnellement sa parole rassurante : J’ai prié pour toi. Car avant de quitter ce monde, il disait à son Père : «Je ne te prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi » (Jn 17.20-24). C’est à nous qu’il pensait. Précisément il priait pour contrecarrer les agissements du diviseur visant à désunir les fidèles, il intervenait pour s’opposer aux ruses du tentateur dont l’intention est de nous détacher de Dieu.

De plus, la portée de l’intercession du Christ s’étend au-delà des croyants. Sur la croix, le Fils implorait le Père pour le salut de tous les humains, incrédules ou persécuteurs. Il disait : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23.34). Cette supplique s’accorde avec la parole d’Ésaïe : il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait les péchés des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs (53.12b). C’est donc l’opportunité donnée à tout pécheur d’accepter la grâce de Dieu en s’attribuant les bienfaits de la parole : J’ai prié pour toi.

Étonnant, n’est-ce pas ? Oui, étonnante réalité d’une intervention motivée par l’amour, l’amour éternel de Dieu qui nous a aimés, alors que nous vivions encore dans le péché, c’est-à-dire dans le camp des rebelles, le camp ennemi ! Réfléchissez alors aux merveilleuses incidences d’une telle opération. D’abord dans notre façon de prier. Car si Jésus anticipe nos afflictions, c’est qu’il en connaît aussi l’ampleur, ainsi que l’acuité de nos souffrances. De plus, s’il affirme également que notre Père sait (Mt 6-8, 32-34), dès lors, nous sommes en paix, nous n’avons plus à nous efforcer de le convaincre. En toute humilité et dans l’action de grâce, nous pouvons nous adresser à lui, avec l’assurance d’être exaucés.

Mieux encore, c’est notre vie entière que l’intercession de Jésus conforte. Il a prié et il continue de prier à la droite du Père. Il nous encourage dans l’attente d’une issue favorable à chaque épreuve (1 Co 10.13). Toutefois, cette délivrance n’est pas la suppression toute douleur ou souffrance. Celles-ci, dans le temps présent, sont associées naturellement au labeur et au combat de tout disciple. Mais ce qui est promis, c’est que notre foi restera ferme. A juste titre, Paul écrira : J’ai mené le bon combat… j’ai gardé la foi (2 Tm 4.7) ; Jean de même affirmera : la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi (1Jn 5.4). Dans le monde, en effet, des drames atroces viennent quotidiennement défier notre confiance dans la bonté et la fidélité du Seigneur. Mais toujours, Dieu prend les devants pour combler de bienfaits, (Ps 21.4).

Enfin, à l’intercession du Fils de Dieu, fait écho une autre intercession, celle de l’Esprit Saint, «l’autre défenseur», qui vient assister le croyant, souvent peu habile à formuler ses requêtes. Nous étions loin d’imaginer une aide si excellente. L’Apôtre nous la révèle : nous ne savons pas prier comme il faut, affirme-t-il, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables…c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles (Rm 8.26, 27). Là encore, voyez l’aspect souverain et subtile de cette action surnaturelle qui supplée à nos défaillances. L’Esprit aussi ne pourrait-il pas dire alors à chacun : J’ai prié pour toi… ? Oui, soyons-en certains : jusqu’aux derniers instants de notre vie sur cette terre, alors que nous serons dans une faiblesse extrême, il nous soutiendra encore en intercédant pour nous.

Maurice JEAN-CHARLES

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